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  • Célébration de la startup, triomphe des plateformes

    La victoire sans conteste de la “startupisation” est d’autant plus étrange et paradoxale que les beaux jours de cette forme d’innovation semblent en partie derrière elle. On n’a jamais autant célébré la startup, à l’heure du triomphe des plateformes (les Googles, Apple, Facebook et Amazon). En pointant la fin de l’ère des startups, le site Techcrunch explique combien toutes les grandes métropoles rêvent de devenir la nouvelle Silicon Valley, alors que les startups « ont bien plus de chance de finir par travailler pour Mark Zuckerberg que de suivre ses pas ». Nous sommes entrés dans l’ère des plateformes, où les startups n’ont plus leur place. Les technologies de pointe sont plus compliquées, plus chères et les entreprises ont besoin de plus de croissance et de capital pour réussir, sans être toujours assurées d’y parvenir, comme le montre le cas Uber, désespérément non rentable à ce jour. La prochaine vague technologique n’est plus accessible aux jeunes pousses : l’intelligence artificielle notamment a plus que jamais besoin de données, et c’est l’affaire des plus grosses entreprises. Le matériel est difficile à prototyper, rapporte peu et est cher à pousser sur les marchés. Les voitures autonomes sont encore bien plus inaccessibles. À mesure que les titans technologiques accumulent de la puissance, les startups ont de plus en plus de mal à rivaliser. En France, les startups semblent aujourd’hui être les structures qui embauchent. Soutenir les startups, c’est donc pour beaucoup soutenir le développement économique et donc l’emploi. Même si les chiffres peinent à réaliser ces espérances. Par ailleurs, on parle trop peu des chiffres de l’innovation sociale et solidaire, qui sont bien plus stimulants que ceux de l’innovation numérique : l’ESS représente 10,5 % du PIB de la France, 220 000 établissements, 2,4 millions de salariés sans compter les 730 000 structures associatives, leurs 23 millions d’adhérents, 16 millions de bénévoles, 21 000 coopératives… L’emploi y a crû de 23 % au cours des 10 dernières années. Comparativement, les startups dont on parle tant ont des résultats plus modestes. On dénombre environ 10 000 startups en France (dont un tiers en Ile-de-France), soutenues par quelques 284 structures (incubateurs, accélérateurs, etc.). Quant au nombre d’emplois qu’elles génèrent, les sondages parlent de quelques milliers par an. Bien moins que le secteur du numérique dans son entier en tout cas, qui est loin d’être composé uniquement de startups. Aujourd’hui, le modèle dominant de la startup écrase tous les autres modèles, notamment les modèles imparfaits, ceux qui tâtonnent, ceux qui avancent sans méthode préétablie. Si globalement nous sommes passés du rêve d’un internet émancipateur à la réalité du digital labor, dans le domaine de l’innovation nous sommes passés du rêve d’une innovation libre et sans contrainte, à des méthodes obligées pour produire de l’innovation en série. Qu’importe si elles ne produisent pas vraiment de valeur ajoutée, ou si elles ne répondent pas vraiment à de grands problèmes. L’important est qu’elles produisent vite des résultats. Qu’elles soient agiles. Qu’elles pivotent. Qu’elles utilisent des méthodes dites efficaces. Qu’importe si elles ne produisent pas mieux ni plus d’innovation. Qu’importe si elles ne produisent pas de sens.